Dans son travail, Acteurs de l’Ombre propose également une création autonome, ‘Tout fout l’camp même la Belgique”, une pièce relative aux difficultés communautaires belges que nous proposons pour le secondaire supérieur.
Contact: Pierre Castelain, 0473/50.11.18, pierre@acteursdelombre.be
Les auteurs
Il n’existe pas “dans ce cadre ci” un auteur mais des auteurs puisqu’il s’agit d’une création autonome donc d’une création collective. L’approche artistique est le reflet du travail du groupe. Les auteurs se répartissent également les tâches de mise en scène et d’interprétation. Ils sont également tous trois permanents à Acteurs de l’Ombre.
Jean Koerver
Même s’il s’est consacré au plafonnage pendant quelques années de sa vie, ce diplômé de l’IAD fut chargé de cours au Conservatoire de Liège – section “Arts de la Parole”. Il a fait partie de l’équipe pédagogique des Comédiens Animateurs jusqu’à ce que Monsieur le Ministre Bertouille ferme cette section. Il y a mené différents travaux et enseigné différentes techniques de jeu comme la Comédia dell’ Arte, le clown, ….
A son actif, parallèlement à ses multiples mises en scène, on notera encore ses derniers “seul en scène” : “Panade” ou “Comme un vieux cornet de frites …” qu’il a menés dans l’esprit du théâtre-action en pratiquant un travail d’animation.
Jean-Marc Munaretti
Grutier comme son père, diverses expériences et formations au sein du Théâtre du Copion et de la compagnie “Alvéole” lui ont fait quitter les carrières de pierre pour embrasser finalement une carrière de comédien-animateur au sein de notre compagnie.
Il trouvera de quoi se former au jeu théâtral, à l’écriture, à la régie et à la mise en scène au sein du Théâtre du Copion (1998-2002) (formation de comédien-animateur avec le soutien de la ville de Saint-Ghislain). Diverses immersions dans d’autres compagnies de théâtre-action (CDRR, Alvéole) viendront compléter cette formation de base.
Avant de rejoindre “Acteurs de l’Ombre” il aura eu l’occasion de mener différentes expériences en matière de jeu, d’animation et de mise en scène avec de nombreux publics (enfants, adolescents et adultes), ainsi que de création collective aux sein, notamment, du Centre de la Croix-Rouge pour Réfugiés de Rendeux.
Roland Reuter
Elève de Max Parfondry et de … Jean Koerver au Conservatoire de Liège – section Arts de la Parole, son diplôme initial d’assistant social ne l’empêchera pas de se lancer dans une carrière de comédien-animateur. Actif dans le domaine du théâtre-action dès 1984, il est à l’origine de l’asbl puisqu’il arpentait déjà alors les rues et les salles de Grâce-Berleur en compagnie d’amateurs éclairés qui prendraient, 10 ans plus tard, le nom de… “Acteurs de l’Ombre”.
Roland REUTER fait donc presque figure de “dinosaure” au sein de la compagnie. Il assure la continuité entre l’ancien et le nouvel “Acteurs de l’Ombre” construit depuis 2004.
Notes d’intention
Se méfier des évidences
Par Pierre CASTELAIN
Des enjeux flous, deux langues différentes, un petit pays laboratoire de l’Europe, des médias parfois impulsifs, une politisation d’identités fragiles…Toute une série d’ingrédients qui peuvent provoquer tension, opposition mais aussi richesse et échange. La non nomination des bourgmestres en périphérie, BHV, le Gordel, la Xème réforme de l’Etat… Ces différents éléments suffisent-ils à comprendre la complexité belge?
Sans doute pas. L’histoire belge est à la fois le fruit des Etats Nations et la mère de l’Union européenne. Une histoire complexe qui n’autorise pas l’épanchement d’idées réductrices.
Du jour au lendemain, le “problème belge” serait devenu le sujet de conversation numéro un. Aujourd’hui, Acteurs de l’Ombre, propose, le temps d’une pièce, de faire tomber les masques pour tenter de saisir l’origine de ces turpitudes communautaires. Une initiative citoyenne qui s’inscrit dans une volonté de comprendre un problème au-delà d’une musculation communautaire parfois douloureuse. Pas de procès d’intentions, pas de nostalgie, notre rôle n’est pas là mais plutôt un appel au débat public comme moteur de citoyenneté.
Choix du sujet
par Jean-Marc MUNARETTI
Le paysage belge, ou du moins wallon, est parsemé par une floraison de drapeaux noir, jaune, rouge…
Le peuple a peur…
Les six mois de crise entre juin et décembre 2007 ont marqué les esprits: la Belgique semble au bord de l’éclatement.
D’une part un peuple flamand, se revendiquant comme tel, qui pour des raisons culturelles, nationalistes et, disons-le, principalement économiques cherche à avoir toujours plus d’autonomie, de compétences, de moyens, de pouvoir d’achat, de responsabilités, d’argent, d’indépendance….
De l’autre une Région Wallonne en crise avec ses problèmes d’emploi, de sécurité sociale, d’enseignement, de pouvoir d’achat, de dépendance…
Au milieu, une autre région: une ville en fait, une capitale fédérale, flamande, mais aussi une capitale Européenne.
Bruxelles: multiple capitale bénéficiant d’une charge symbolique forte , siège du parlement européen, essentiellement francophone mais sur un territoire placé au centre d’une province flamande; convoitée par tous, Bruxelles s’érige… prestigieuse et fragile à la fois.
Hormis sa petite Communauté Germanophone, la Wallonie est pour l’instant la région de Belgique la plus dépendante des autres régions et communautés.
Il n’en a pas toujours été ainsi…
Au 19ème siècle, la partie wallonne de la Belgique était l’une des économies les plus puissantes de la planète (2ème économie mondiale derrière le Royaume Uni en 1850). L’économie wallonne, génère la majorité des revenus du pays (en devenant, par exemple, le plus grand producteur de locomotives à vapeur).
La Flandre à la même époque est une région peuplée essentiellement de paysans qui émigrent en masse vers le sud du pays.
Les temps changent…
Il ne faudrait pas oublier néanmoins qu’il existe également une identité Belge et ce au nord, au sud, a l’est et au centre du pays.
Certes la Belgique est née artificiellement de la volonté de la France et de l’Angleterre au détriment de la Hollande. Mais depuis, elle s’est créée son histoire, sa spécificité, ses “célébrités”: le surréalisme, la dynamo industrielle avec Gramme, le saxophone avec Adolphe Sax, la bande dessinée avec entre autres Franquin et Hergé, ou encore: Jacques Brel, Adamo, Eddy Merckx, Magritte, José Van Damme, les frères Dardenne, Albert 1er ou Justine Henin par exemple.
L’histoire et les personnalités ne manquent pas pour définir la Belgique
Mais des questions se posent: d’une part une Europe qui croît pacifiquement (une première historique et mondiale) et, dans le même temps tous ces nationalismes, dans beaucoup de pays Européens, qui émergent avec l’intention de se grouper en régions indépendantes des autres et ce, fondamentalement pour des raisons économiques (La Catalogne, le nord de L’Italie et la Flandre sont des exemples ayant des similitudes).
Va-t-on voir une Europe à “plusieurs vitesses” avec ses élites et ses exclus?
C’est sur base de ces différentes réflexions que s’est imposée l’idée de monter un spectacle qui traite de ces questions.
“Tout fout l’camp” est une interrogation, une réflexion, une analyse de cette situation à travers le regard de personnages qui subissent ou souhaitent cette situation de crise à l’heure actuelle en Belgique.
Pourquoi un spectacle?
par Roland REUTER
Parce que “le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule” (Victor Hugo)
Parce que le théâtre est un médium permettant une rencontre en chair et en os entre les personnages incarnés par les comédiens et le public qui assiste à la représentation.
Parce que le théâtre est et reste, pour nous, un outil de sensibilisation, d’interpellation, de réflexion, de mise en perspectives visant à considérer le spectateur non pas comme un consommateur mais en tant qu’acteur de sa propre vie et d’un possible changement de la société qui l’entoure.
Parce que le théâtre ne va peut-être pas changer le monde, mais peut changer le reste.
Parce que, quand la magie de ce théâtre opère, le spectateur quitte le lieu de la représentation non seulement heureux mais transformé.
Parce que notre théâtre dit, raconte, joue mais aussi se joue de ce quotidien dont il s’inspire…
Pourquoi ce spectacle là, pourquoi aujourd’hui?
par Roland REUTER
Parce que notre “pays petit” et la planète bleue qui l’abrite semblent souffrir d’absurdisme chronique. Quand j’entends les chroniqueurs relater les péripéties et tribulations planétaires mais aussi belgo-belges, j’ai parfois l’impression que ma pensée fait du surplace.
Si quelqu’un a dit il y a longtemps “Père pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font”, on est en droit de se demander, ici et maintenant, si vraiment certains ne savent pas ce qu’ils font ou si au contraire ils le savent très bien… Nom de Dieu…
Il me semble urgent et même de notre devoir de comédien-animateur de confronter cette question avec un public.
®Pourquoi celle-là? Parce qu’elle en recouvre bien d’autres et qu’elle se penche sur notre avenir.
®Comment pourrait-on encore et toujours accepter d’entendre, sans réagir;
®Que certains belges se déchirent autour de la question de BHV quand chaque jour 40.000 enfants meurent de faim!?
®Que la Flandre veut plus d’autonomie quand l’UE ne cesse de s’agrandir à la vitesse VV’!?
®Que d’aucuns œuvrent à la scission d’un pays dont le compromis, le surréalisme, la bière et les diamants ont un retentissement international!?
®Que nous devons réduire notre consommation d’énergie, quand Monsieur Mittal négocie des quotas de pollution et qu’on nous vend des hummers (?) au salon de l’auto!?
®Que la consommation du citoyen est la clé de la croissance économique quand le pouvoir d’achat de la plupart d’entre nous diminue!?
®Qu’il est “logique”, vu la conjoncture, que le prix du gaz augmente quand l’Association Liégeoise du Gaz fait 96 millions d’euros de bénéfices sur 2006!
®Que l’homme le plus puissant du monde affirme que l’Iran possède des armes de destruction massive quand son propre service secret le dément!?
®Etc… etc… etc…
Le surréalisme oui, l’absurdité non!
Démarche dramaturgique
En guise d’introduction synthétique à cette note dramaturgique, nous pourrions dire que deux comédiens commentent la problématique de la scission de la Belgique ou de la réforme de l’état belge et, pour étayer leur propos, donnent à voir quelques personnages – clés en les interprétant (chaussés d’un masque de commedia dell’arte) dans diverses situations.
Face à la situation politique épineuse dans laquelle nous nous trouvons, nous avons pris pour option la narration plutôt que l’intrigue. Il faut entendre le mot narration au sens large du terme à savoir “un exposé détaillé d’une suite de faits” et non pas une histoire racontée.
Jouer une intrigue aurait supposé la mise en place d’un bon nombre de personnages et par là d’une distribution plus ou moins imposante. Ce n’est guère dans nos schémas de création et encore moins de production. Nous avons tout naturellement opté pour la narration.
Mais point d’histoire donc et encore moins d’intrigue. Par contre, il y a bien des personnages. Ceux-ci se présentent à deux niveaux :
®les comédiens, au nombre de deux
®des personnages de la vie politique, au nombre de 4
Les comédiens sont effectivement des personnages. Nous aurions pu travailler sur la notion de conférencier ou sur celle du conteur comme on peut se pencher sur la dynamique de Monsieur Loyal. Notre choix s’est porté sur celle du comédien, en harmonie avec un travail sur la simplicité. Ils sont là, sur le plateau de théâtre, en relation directe avec les spectateurs. Le 4ème mur est donc brisé. Ils y sont avec pour mission de commenter l’effervescence de l’actualité politique. Sont-ils contraints par un “devoir de neutralité”? Pas vraiment. Il n’y a pas de raison. Ils donneront leur point de vue agrémenté de séquences jouées (en commedia dell’arte) mais aussi d’informations éclairées et éclairantes.
Les personnages de la vie politique sont au nombre de 4:
®Aristide Van Den Broeck, depuis sa prime jeunesse attaché à la famille Royale et devenu conseiller du roi. Le masque porté est celui de Pantalone.
®Sbrigani Borain, “homme à tout faire” du palais royal auprès d’Aristide Van Den Broeck, amoureux transi de Francine (elle-même femme de chambre au palais). Le masque porté est celui de Zanni Sbrigani.
® Paul Lechinel dit “Monsieur Paul”, présentement Ministre au gouvernement Wallon. Il préconise la scission de l’état belge par intérêt personnel. Le masque porté est celui de Pulcinella.
® Brice Hella, chauffeur et homme de main de “Monsieur Paul”, prêt à tout pour arriver aux buts que s’est fixé son employeur. Le masque porté est celui de Brighella.
Aristide Van Den Broeck représente tout l’attachement à l’unité de la Belgique que la génération des “anciens” mais également des moins “anciens” peut éprouver.
Sbrigani Borain représente la naïveté populaire et tous ceux et celles qui, sur le plan de l’analyse, sont dépassés par les évènements.
Paul Lechinel dit “Monsieur Paul” est un politicien pour qui la fonction politique est devenue un métier. C’est avant tout un homme de pouvoir à qui rien ne doit résister, soucieux de soigner ses intérêts. Si ceux-ci passent par la scission de l’état … tant pis pour la Belgique.
Ces personnages sont montrés dans des situations qui portent au mieux le propos. Ils ont leur histoire propre. Mais, si elle est connue du comédien, c’est pour nourrir son interprétation car l’objectif n’est pas de la raconter. Elle ne sera pas exposée aux spectateurs. L’accent sera mis sur des moments (de jeu) qui dévoilent le sujet ou qui permettent aux comédiens de rebondir afin d’agrémenter leurs thèses ou des éléments qu’ils estiment importants de dénoncer ou simplement de dire à titre informatif. Ceci pourtant ne nous empêchera pas d’assister à l’évolution de ces personnages dans le cadre d’une fiction qui n’est pas sans nous rappeler le docu-fiction de la RTBF sur la déclaration d’indépendance de la Flandre. Pour de plus amples informations, lire à cette fin, en annexe, le synopsis.
De ces personnages, de leur vécu et leurs envies (voire leurs rêves) naît une analyse bouffonne, pourtant nourrie, de la situation actuelle de la Belgique.
Les personnages proviennent de Wallonie ou de la capitale. L’intention est de donner un regard de francophone sur la question. L’image de la Flandre sera indiquée aux spectateurs au travers de “ces personnages à la langue française”, selon leur point de vue. Présenter des personnages d’obédience flamande nous a paru une entreprise trop périlleuse que pour s’y aventurer. Si satire il y a, nous nous méfions néanmoins d’un manichéisme outrecuidant et probablement déplacé dans lequel nous ne voudrions pas sombrer. Or, cette question est délicate. Ainsi nous préférons suivre l’adage “il y a des risques que l’on préfère ne pas courir”. Nous avons donc choisi de laisser les personnages flamands dans l’ombre et briller par une absence toute relative, tels les fantômes qui hantent l’esprit d’Hamlet.
Il va de soi qu’à travers tous ces personnages, qu’ils soient comédiens ou de théâtre masqué, nous n’avons pas de solutions à apporter. Nous laissons cette responsabilité à qui de droit. A nous de poser les questions pertinentes … en bonne et due forme.
A nous aussi d’aborder quelques sujets, comme l’histoire de la Belgique, son fonctionnement institutionnel, sa subdivision (en régions, communautés et gouvernement fédéral), les différentes compétences des instances de pouvoir ou encore les scandales qui ont marqué le pays mais aussi sa richesse et ses particularismes (culturels et autres).
Mise en scène
Comment assumer une narration se définissant comme “un exposé détaillé d’une suite de faits” (cfr la démarche dramaturgique) sans tomber dans l’ennui ?
Point d’histoire et encore moins d’intrigue ?
Quel est donc ce théâtre ?
La mise en scène se fonde sur la connexion entre deux pôles opposés, à savoir :
®les comédiens ;
®les personnages qu’ils interprètent.
Le jeu est tout en contraste. Les comédiens s’expriment dans une grande simplicité, chargé de leur mission narrative, tandis que leurs personnages s’expriment à travers le jeu exubérant de la commedia dell’arte, chargé d’une forte théâtralité.
Ici et maintenant
Les comédiens sont ici et maintenant, au jour de la représentation, sur le plateau de théâtre. Invitant les spectateurs à la connivence, ils brisent le 4ème mur et s’adressent à ces derniers directement, sans fard, les yeux dans les yeux. Il s’agit d’un théâtre où l’acteur est roi, où la technique ne prend pas le pas sur l’humain. Que du contraire, elle est à son service et pour le mettre en valeur. Du reste, dans la version scolaire, la régie est gérée entièrement de la scène par les comédiens, au vu et au su des spectateurs.
La narration
Plus qu’une narration, il s’agit donc d’un “exposé détaillé d’une suite de faits”. Les comédiens en sont maîtres. Ils tissent les fils au gré de leur fantaisie ; les font et les défont. Sans linéarité aucune. Selon leurs nécessités. Selon leur point de vue. On constate néanmoins une évolution dans le chef des personnages extérieurs, évolution à travers laquelle, mine de rien, nous voyons poindre une fiction. Le langage est celui d’une “oralité naturelle” c’est à dire le langage de tous les jours, un langage qui semble s’inventer sur scène, sans ambages. Tout aspect littéraire sera d’ailleurs banni. Cela ne signifie pas que nous tomberons dans la pauvreté. Nos comédiens ne manquent pas de lettres. Cependant, il s’agira d’un langage parlé où les effets de littérature écrite sont inutiles.
Un chassé-croisé
En fonction du besoin qu’ils ont d’aborder tel ou tel sujet, ils provoquent l’intervention de personnages extérieurs, aidés en cela par l’apport de masques qu’il suffit de chausser ou de déchausser… quand ils le souhaitent et comme ils le souhaitent. Le spectateur assiste à un chassé-croisé, un va-et-vient, entre des comédiens narrateurs, maîtres de la situation, et leurs personnages qu’ils invitent au théâtre, leur théâtre.
Des personnages de la vie politique
Pour rappel (cfr La démarche dramaturgique) ces personnages sont:
- Aristide Van Den Broeck, conseiller du roi;
- Sbrigani Borain, “homme à tout faire” auprès d’Aristide Van Den Broeck;
- Paul Lechinel dit “Monsieur Paul”, Ministre au gouvernement Wallon;
Ces personnages fonctionnent donc par couple (maître et valet). Cela n’empêchera pas Aristide Van Den Broek et “Monsieur Paul” de se rencontrer. Cela se passera autour d’un match de football, à l’instar de certains hommes politiques de notre pays qu’il est inutile de nommer. L’objectif est toujours de les montrer dans des situations qui portent au mieux le propos. Peu importe leur histoire propre. Il faut se référer pour cela au synopsis.
Des comédiens-personnages ou des personnages de comédiens
Les comédiens sont travaillés comme des personnages. Ils ont des caractéristiques propres à chacun d’eux, un tempérament personnel mis en avant. L’un méticuleux et précis suit son fil conducteur tandis que l’autre, distrait, se perd dans les conjonctures et en oublie ce qu’il a à faire. Sans utiliser cette forme de jeu, très loin de là, même, nous sommes face à une relation du type “clown blanc et auguste”. Les deux personnages se révèlent par leurs différences. Ce qui marque pourtant, c’est leur complémentarité et par-dessus tout leur complicité. Ici, nous nous éloignons des conflits simplistes et perpétuels que rencontre le duo “clown blanc – auguste”. Nos deux comparses entretiennent une relation empreinte d’affection contenue faite de connivence.
Nous sommes loin à proprement parler de narrateurs ou conteurs ou autres conférenciers. Avant tout, leur jeu s’exprime par la simplicité et même l’économie. Economie du geste, économie de la parole. Ils agissent donc en contraste avec la commedia dell’arte utilisée pour les personnages de la vie politique.
L’usage de la commedia dell’arte
Par commedia dell’arte, faut-il encore souligner que nous ne mettrons pas en scène des personnages surgis d’une époque lointaine comme le Moyen-Age ou la Renaissance ? Il s’agit bien d’une commedia dell’arte contemporaine, doté de personnages actuels. Nous retirons, du passé et de cette forme ancestrale, l’essence des choses et les fondements de base afin d’en rendre une force actualisée. Son principe sera de soutenir la pièce en ce qu’elle a de satire politique et sociale.
Dans le jeu, nous nous éloignerons le plus possible du naturalisme ou du réalisme pour tendre vers un théâtre de représentation, au sens où Ariane Mouchkine l’entend, c’est à dire
“…s’éloigner des personnages et des événements pour mieux les analyser de notre point de vue actuel, en faire ressortir l’importance et la signification dans le déroulement de l’Histoire.” Ariane Mouchkine, in “Les voies de la Création Théâtrales, tome V”.
Les comédiens ne tenteront pas d’être les personnages mais bien de les interpréter afin de renvoyer à des modèles sociaux. Pour les soutenir dans leur tâche – révéler les mécanismes politiques – ils seront bien sûr masqués. La réalisation des masques est l’œuvre d’Edith Barbieux. Dans ce cas-ci, son travail est emprunté à celui de Donato Sartori, artiste au service des mises en scène de Giorgio Strehler. Un des avantages des masques est d’aider l’acteur à concrétiser le personnage qu’il doit porter, de lui faciliter l’accès à l’exceptionnel de son personnage.
Le jeu sous le masque demande aux comédiens une générosité du corps, une liberté physique. Ceux-ci doivent pouvoir se laisser aller à une désinvolture, un lâcher prise, accepter un défoulement, un exutoire sans pour autant perdre le contrôle d’eux-mêmes. Ils doivent ranger au tiroir leur image personnelle pour présenter – en mouvement, en corps, en voix et en émotion – l’image de leur personnage. Les signes ne peuvent exister que dépouillés de toute scorie. Toute hésitation, imprécision, rend le personnage “faux” et le condamne aux yeux et aux oreilles des spectateurs. Les petits gestes qui encombrent sont à bannir. Rien ne doit être petit, c’est à dire familier. La précision implique une amplification. Grossi, le geste n’apparaît plus comme naturel. Il peut l’être même jusqu’au grotesque, approfondissant ainsi le quotidien.
Ce jeu masqué nous rappelle que nous sommes au théâtre, qu’il ne s’agit pas de la vraie vie…comme pour mieux nous indiquer qu’elle pourrait être comme telle, si nous n’y prenons garde. Pour mieux concerner le spectateur et l’impliquer dans cette réflexion, le quatrième mur est brisé et dans ce cadre le port du masque est facilitant. Cela suppose donc une transposition théâtrale des personnages qui est d’autant plus importante que ces derniers permettent de renvoyer à des modèles sociaux pertinents. Dotés de fonctions, ils peuvent par là révéler concrètement les mécanismes sociaux.
Pour terminer avec l’intérêt et l’apport du jeu masqué de la commedia dell’arte, voici ce que Catherine Mounier (in Les voies de la création théâtrale – Tome V –– Deux créations collectives du Théâtre du Soleil) en disait: “Le plaisir et la satisfaction du spectateur viennent du fait que sans réalisme, l’acteur réussit à lui faire “reconnaître” son personnage, à évoquer des souvenirs, des sentiments, des pensées qu’il croyait enfouis dans la nuit du passé. Face à Charlot ou à Arlequin, le spectateur pense à tous les Charlot et à tous les Arlequin qu’il a déjà vus mais aussi à tous les gens qu’il connaît dont le caractère lui rappelle tant soit peu celui de ces personnages. Pour cela l’acteur doit refuser toute image naturaliste de son personnage. Un des efforts constants consiste à plier son imagination à une transposition qui lui fait atteindre la réalité au-delà de l’apparence”.